Anne Lorient, 17 ans de rue, évoque « ce lien » qui l’a « sauvée ».

Comment fait-on pour sortir de la rue ? A cette question, Anne Lorient, 17 ans passés sur les trottoirs de la capitale, explique à quel point il est difficile de s’extraire de l’enfer.

Violée durant son enfance par son frère ainé, elle quitte le foyer familial le jour de ses 18 ans. Ses parents ? « Ils étaient au courant, dit-elle, mais ne sont jamais intervenu… pour sauver les apparences ». Le jour de sa majorité, elle monte donc à Paris chez une tante… Celle-ci adopte le non-dit familial et la rejette ! « Je croyais que Paris c’était l’Eldorado et que j’allais être sauvée, en fait c’est tout le contraire qui m’est arrivée ». La première nuit dans la rue ? « Je ne comprend pas ce qui est en train de se passer. Je suis à La Défense, je cherche de l’aide auprès de gens dits normaux. Vous n’auriez-pas un centime ou un euro pour téléphoner, pour pouvoir manger, me mettre à l’abri quelque part ? Evidemment je tombe sur des murs et je me retrouve sous un porche, sous la pluie et là je comprends que je vais devoir rester très longtemps dehors… ». La condition des femmes dans la rue ? « Des proies, à la merci des hommes, à la merci de tous les hommes, y compris ceux qui portent des costumes cravates ». Anne ajoute que dans la rue les femmes vont jusqu’à nier leur féminité pour échapper aux hommes. « Dans les vestiaires je ne prenais que des vêtements militaires et je me rasais les cheveux pour qu’on me confonde avec un garçon afin d’éviter les agressions sexuelles ».

De ses 17 années de rue, Anne évoque une grande violence, l’emprise de mafias sur les personnes isolées pour accéder au moindre mètre carré de trottoir pour faire la manche ; les corps meurtris par des sacs trop lourds à porter, par des nuits passées à même le sol sous des porches, dans des cartons ou abris de fortune. Quelques instants de bonheur aussi : Ses deux enfants, nés dans la rue. Ce sont eux qui lui ont donné la force de sortir du caniveau. « Surtout l’arrivée du deuxième qui m’a convaincu d’aller voir une association et de leur demander de l’aide ! ». Pour le journal Libération, Anne a aussi évoqué la solidarité des gens de son quartier, notamment une femme médecin.  « Elle passait tous les jours devant moi et venait me voir régulièrement. Elle m’auscultait et m’aidait à soulager mes douleurs. On a développé une vraie relation. C’est ce lien qui m’a sauvée. »

Après avoir lu le livre d’Anne Lorient, nous avons décidé de fonder La Fête des voisines. Faire connaître au plus grand nombre la condition des femmes sans-abri. Intervenir dans la rue et dans les centres d’hébergement d’urgence pour soulager les corps en proposant des séances « bien-être » dispensées par des professionnels bénévoles (masseurs, kinés, ostéo, coiffeurs…). Organiser des événements festifs, boutiques éphémères, maraudes littéraires… Tenter de rendre leur dignité à celles qui ont tout perdu.

En juillet 2017, Anne Lorient a accepté d’être notre marraine.